""Le seigneur des Anneaux", un titre mythique, un livre aux dimensions d’une légende. Et une critique de circonstance du père Alfred, disent déjà les mauvaises langues. Les vipérines langues n’ont peut-être pas tout à fait tort, et, sans la sortie prochaine de l’ultime volet cinématographique de la saga jacksonienne, je n’aurais sans doute pas écrit un message sur ce formidable bouquin, que j’ai lu voici longtemps.
Soyons clairs, l’ambition m’a parfois débordé. J’ai voulu, une première fois lire ce bouquin, qui se trouvait dans une édition en six volumes dans un recoin de la petite bibliothèque de ma bourgade. Je devais alors avoir entre neuf et onze ans, je ne saurais préciser mieux. Et donc, malgré les avertissements prononcés avec justesse par la bibliothécaire ("Attention, c’est peut-être un peu dur pour ton âge !" Ma mère : "Oui, mais il lit des choses très en avance pour son âge."), malgré ces judicieux avertissements, donc, j’avais décidé de me lancer dans cette lecture de longue haleine. Et oui, en ces temps pas si reculés, braves gens, Harry Potter n’existait pas, et les petits garçons se contentaient encore de Jules Verne, Wells, London, et des auteurs jeunesse.
Et, je dois reconnaître, en toute humilité, que j’ai lu avec difficulté les trois premiers chapitres, avant d’abandonner l’ouvrage, et d’oublier jusqu’à son titre. Pourtant, les quelques descriptions des premiers chapitres (herbe à pipe, anniversaire de Bilbon Sacquet), m’étaient restées dans un coin de la mémoire.
Et quand, un ou deux lustres plus tard, j’ai décidé de lire "Le seigneur des anneaux", dont j’avais lu ou entendu je ne sais où un commentaire élogieux (on ne parlait pas encore de Peter Jackson à cette époque), j’ai immédiatement reconnu la mise en place que j’avais abandonné quelques années auparavant. Et cette fois, j’ai été au bout, j’ai lu le bouquin d’une traite, d’un souffle (épique, bien entendu), quasiment sans m’arrêter. J’ai dû le lire en une semaine au plus, et je suis resté marqué par cette lecture, qui résonne encore dans mon esprit comme un souvenir émerveillé. Si on m’avait dit à l’époque que l’on ferait un jour un film de cette œuvre, j’aurais pensé qu’il ne pourrait s’agir que d’un fou pour se lancer dans un tel travail. Depuis, tout le monde le sait, un homme l’a fait, avec le brio que l’on a pu observer jusqu’à présent.
L’histoire, dans ses grandes articulations, pour ceux qui ne la connaîtraient pas, ou voudraient réviser rapidement avant de se précipiter dans des salles noires...
Au début, ça pourrait ressembler à n’importe quel roman anglais où il ne se passe pas grand-chose. On cause d’un petit peuple qui habite un monde différent du nôtre, dans un petit pays, avec de petites collines, dans leurs petites maisons, et qui fument leurs petites pipes bourrées d’herbe spéciale. Ce petit pays sans histoire ressemble furieusement à l’Angleterre, et les trous où gîtent les Hobbits ont des airs de cottages.
Et ce petit pays, appelé Comté (aucun rapport avec notre Comté, bien plus franche), est en émoi, car un pépère du village, Bilbon Sacquet, prépare son 111e anniversaire. Ce bonhomme, seul parmi les siens, a autrefois connu bien des aventures, mais heureux qui comme Bilbon, est retourné en sa Comté.
Et, pour cette fête, arrive un vieil ami dudit Bilbon, Gandalf le magicien, sûrement le personnage le plus impressionnant et charismatique de la série.
Et c’est à peu près là que s’achève le récit d’une banale fête de village, et que l’on entre dans l’intense récit épique, d’aventures et d’action, de magie et de dangers.
Pour résumer, le neveu de Bilbon, le jeune Frodon (personnage assez insignifiant au demeurant, insignifiance très bien rendue dans les films), est en possession d’un anneau magique, contrôlé par le maître du Mal, Sauron, qui l’a forgé pour gouverner tous les peuples de la Terre du Milieu, et Sauron cherchant à le récupérer pour éviter que le Hobbit n’aille le détruire, les dangers, monstres et saloperies diverses vont donc pulluler tout au long de l’histoire. Sachant qu’en plus le seul endroit où l’anneau peut être détruit n’est pas un simple champ de la Comté, mais bien évidemment en Mordor, repaire de Sauron et ses hordes d’orcs et bêtes en tous genres.
Donc, nos hobbits (ils seront quatre, Frodon, Sam son serviteur, et Merry et Pippin les cousins turbulents), partent en vadrouille à travers le vaste monde. Parvenant non sans mal et sans rencontres pittoresques (Galadriel (dans le film, la diaphane et talentueuse Cate Blanchett), des elfes, des hommes, etc. Et Tom Bombadil, dont l’absence dans le film est regrettable) à rejoindre Gandalf.
Alors se forme la communauté de l’anneau, composée de huit personnages plus ou moins typiques, plus Gandalf.
Traversant mille difficultés, la communauté, qui donne son nom au premier tome, finit par se séparer, laissant Gandalf mort, et deux groupes partant chacun dans une direction différente.
Mon message est déjà bien long, alors je vais abréger. Par la suite, on assiste, à de gigantesques batailles épiques, à des aventures incroyables et des dangers invraisemblables (araignée géante, Nazgul, etc.), à des combats menés par des arbres vivants (les Ents, sans doute la plus belle invention de Tolkien), et tant d’autres choses.
Au final, et pour résumer, on passe des moments incroyables, on tremble, on rit, on se dépayse, et surtout, aussi inconcevable que cela puisse paraître, on y croit. On vit dans ce monde, on se bat avec les héros, on souffre avec eux.
Je pense que je ne dévoile pas grand-chose si je signale que le bien vainc le mal.
On pourrait disserter une vie durant sur les intentions et œuvres de Tolkien, ce vieux professeur de philologie anglais tout à fait banal, qui a pourtant été récupéré aussi bien par des babas-cool que par des nazillons. On a tout vu dans le seigneur des anneaux, et les axes de lectures sont innombrables (écologie, amitié entre des « races » très différentes, résistance britannique sous le Blitz nazi en 1940, boucherie de la guerre de 1914, défense des valeurs démocratiques, et surtout corruptibilité du cœur humain, vision pessimiste ou optimiste de la vie ?, etc...)
Pour enfin en finir, je veux dire seulement que Tolkien est un grand du XXème siècle, un des deux ou trois plus grands. Et il ne faut pas avoir peur de le dire."