Le jardinier de Sarajevo, ouvrage remarquable!!!
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Chronique d'un pays qui meurt Pour un européen occidental, fils des années 80 comme moi, les conflits en ex-Yougoslavie sont certainement l'événement le plus douloureux dont nous ayons souvenir. Et l'un des grands traumatismes de l'histoire. "Le plus grand déploiement de troupes en Europe depuis la deuxième guerre !" Souvenez-vous, c'était il y a dix ans. La barbarie à nos portes. Le livre de Jergovic se place dans ce contexte terrible, d'une Bosnie prise entre le marteau serbe et l'enclume croate.
Ce recueil de nouvelles est l'œuvre d'un chroniqueur littéraire bosniaque, qui nous montre, avec une écriture incisive, comme un kaléidoscope de Sarajevo et la Bosnie en 1991-1992.
Si vous aimez les nouvelles, ce recueil en contient pas moins de vingt-neuf. Sans véritable liens de personnages entre elles, la seule chose les reliant est le lieu (la Bosnie) et l'époque (guerres en Yougoslavie).
On a donc de remarquables nouvelles, très courtes, qui nous content des histoires de pauvres fous, de massacres, de morts, de héros. Histoires terribles, un peu bizarres, comme celle de l'homme qui se soucie de son cactus malgré les bombardements ; histoires difficiles, celles des voisins amis qui deviennent ennemis, en se rendant brusquement compte qu'ils ne sont pas issus de la même nation. Histoires de Musulmans pris entre Tchetniks et Oustachis, histoires de grand-mère mourante, de générosité sans discrimination, de discrimination sans générosité. Mais aussi, des histoires où la nourriture, fruits, légumes, plats locaux et raki sont omniprésents. En somme, des histoires de la vie. Chaque nouvelle n'a pas forcément de chute, de morale spectaculaire et édifiante. C'est juste des gens ordinaires pris dans des événements extraordinaires.
Mais au-delà de la force des histoires, il y a pour soutenir l'ensemble un vrai style, celui d'un écrivain véritable, qui sait économiser ses mots pour les rendre plus forts. La nouvelle intitulée "La colonie" est à ce titre l'une des meilleures, des plus belles de tout le recueil, et me rappelle, je ne sais pourquoi, les nouvelles de Maupassant.
Pour finir, je re-cite un bout du quatrième de couverture, dans la présentation de l'auteur : "En 1987 on lui attribua un prix littéraire qui lui fut remis dans une petite ville ravissante au caractère à la fois méditerranéen et oriental : Stolac. Aujourd'hui Stolac n'existe plus."