Lettres migrabondes

Migrabond: à la fois migrateur et vagabond (H. Bianciotti). Comme la littérature...
 
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 Pierre Pelot (1945-)

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Alfred
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MessageSujet: Pierre Pelot (1945-)   Sam 12 Fév à 1:06

C'est ainsi que les hommes vivent, de Pierre Pelot, aux éditions Denoël

"LE livre de l'année...
N'ayons pas peur des mots, ce livre est un chef-d'œuvre. Toutefois, quelques avertissements sont de rigueur :
Attention aux âmes sensibles, certains passages sont très violents.
Attention aux paresseux, le bouquin en question fait 1111 pages.
Attention aux puristes de la jolie langue française classique, le livre contient des tournures archaïques ou vosgisantes.
Attention aux groupies de C.M., C.L. et C.A (j'ai cru comprendre que c'était ces trois Grâces qui créaient le débat actuellement !), c'est un vrai livre d'aventure, sans introspection ni nombrilisme de l'auteur.
Attention aussi aux amateurs de Beigbeder ou Sollers, notre écrivain ne passe pas à la télé, ou alors de façon homéopathique.
Attention aux parisianistes, notre homme gîte à Saint-Maurice, au fin fond des Vosges.
Si après tout cela, vous lisez encore ces quelques mots, c'est que le livre peut vous intéresser. Et il faut s'y intéresser. C'est le grand roman français de la rentrée, peut-être même de l'année. Une amie m'a fait la réflexion qu'il était tellement exceptionnel qu'on dirait presque un roman étranger.
A ce moment, vous me direz : Oui, mécékoiki raconte le Pelot, dans son gros bouquin ? Voyons donc l'histoire. Ou plutôt les histoires. Car il y en a deux, au départ sans grand lien entre elles :
Fin de l'année 1599, on brûle une sorcière dans Remiremont. Une pauvre femme victime de la méchanceté des hommes de son village. Au passage, peu avant le bûcher, la femme accouche d'un petit garçon (scène difficile que celle de l'accouchement en prison !). Une jeune dame, Apolline d'Eaugrogne, arrive dans la cité des chanoinesse le même jour, pour devenir religieuse auprès de sa tante. L'enfant de la sorcière sera déposé devant la porte d'Apolline qui recueillera le jeune Dolat, qui deviendra plus tard son amant. A partir de là, à grands coups de chapitres de 100 pages, Pelot nous donne à voir une immense histoire d'amour, deux destins liés, dans une époque troublée et violente. Fuite éperdue, vie paysanne, attaques de malandrins divers, brèves étreintes sensuelles, à l'époque où Français et Suédois ravageaient le duché de Lorraine, suivis par des hordes sauvages de barbares et de renégats menant les pires exactions (un estomac bien accroché est conseillé pour la lecture de certains "crimes de guerre"). L'extrême violence de l'époque, et même de Dolat, en permanente reconstruction mnésique, contraste avec l'image du geste désespéré d'une musaraigne a demi "amortée" pour se protéger, image qui revient régulièrement.
400 ans plus tard, soit la fin 1999, dans les alentours d'un autre drame, celui de la tempête. Lazare Favier, de son vrai nom Grosdemange, enfant du pays qui a réussi dans le journalisme de guerre, est de retour dans son village natal. Installé chez son frère à l'occasion de l'enterrement de leur mère, cela fait plusieurs mois qu'il y est. Car depuis, il a été victime d'une attaque cardiaque, et enquête sur Victor Favier, un ancêtre bagnard en Nouvelle-Calédonie. Triple quête de la mémoire : mémoire personnelle, mémoire familiale, mémoire du pays. Et quelques passages bien sentis sur les chasseurs ou les magouilles (enfin, les "arrangements") politiques du département (le nom de l'omnipotent sénateur-maire de Remiremont, M. Vancelet, est transparent) sont un vrai régal.
Peu à peu, les deux histoires, en dehors du simple cadre géographique, présentent de multiples similitudes : perte de mémoire, rencontres imprévues, etc. Se rejoindront-elles ? (question purement rhétorique).
Bon, je sais ça peut paraître terriblement foisonnant, mais je rassure les anxieux, pas besoin de dresser une liste des personnages pour s'y retrouver. Malgré un vocabulaire d'une grande richesse et la faiblesse du petit lexique de fin d'ouvrage, pas besoin d'un dictionnaire du XVIème siècle ou d'un arrière-grand-père bressaud, la compréhension des mots inconnus est facile et intuitive, même pour celui qui a d'incurables lacunes en patois vosgien.
Et puis, j'en suis certain, vous vous laisserez emporter par les longues phrases pelotiennes, chantournées de mots évocateurs et migrabonds, et la beauté des paysages décrits avec patience, et les scènes violentes, dures, racontées avec force et réalisme ; le tout porté par un art de la métaphore et de "l'expression" assez rare aujourd'hui.
Au final, que dire de plus, sans raconter toute l'histoire ? On peut dire que Lazare Grosdemange, c'est Pierre Pelot, du moins en partie. Grosdemange est le vrai nom de Pelot, et comme il a réchappé lui aussi d'une attaque, le prénom de Lazare est significatif, bien que Pelot se défende d'y avoir pensé en écrivant.
Alors à tous les gens qui veulent un vrai bon roman français, roboratif, qui tienne au ventre et fasse plaisir au cerveau, je veux faire partager mon enthousiasme pour un très grand auteur trop mal connu. Faites l'effort de le lire, et je suis prêt à deux paris : si vous le commencez, vous irez au bout, à coup sûr. Si vous allez au bout, vous ne serez pas déçu et serez heureux d'avoir découvert quelque chose d'aussi magnifique. En somme, si vous ne devez lire qu'un livre cette année, lisez celui-ci. En sortant de ce tourbillon foisonnant, votre tête vous tournera peut-être encore un peu, tout abasourdi d'en avoir oublié jusqu'à votre vrai nom. J'espère que mon résumé n'est pas trop embrouillé. Mais j'en ai déjà dit beaucoup, trop sans doute. Mieux vaut lire et se taire."


Dernière édition par le Jeu 2 Juin à 14:36, édité 1 fois
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Alfred
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MessageSujet: Re: Pierre Pelot (1945-)   Sam 12 Fév à 1:10

Voilà la tête de ce brave ours des Vosges, homme jovial et sympathique s'il en est.

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Alfred
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MessageSujet: Re: Pierre Pelot (1945-)   Lun 29 Aoû à 16:09

Pierre Pelot Méchamment Dimanche

Pierre Pelot, sorte de personnage hirsute émergé voici soixante années au fin fond des Vosges, et jusque récemment, il possédait surtout sa notoriété localement et parmi les amateurs éclairés de SF, westerns et polars. Et puis, il y a peu, il nous a offert « C’est ainsi que les hommes vivent », volumineux roman à la fois très ancré dans la terre vosgienne et atteignant à l’universel, vaste fresque alternant entre guerre de Trente Ans et XXIème siècle, livre ultra-documenté, roman foisonnant et passionnant, d’une langue travaillée, aux scènes crues et violentes, mais si vraies. Bref, avec ce chef-d’œuvre, Pelot quittait l’ornière de la littérature « alimentaire », plus ou moins bonne (certains étaient très bons même ! pas tous, hélas), qu’il nous proposait auparavant. Et, sans avoir peur des mots, je prétends même que ce livre le place d’emblée parmi les 2 ou 3 auteurs de langue française qui resteront de ce début de siècle. Donc, ce livre enthousiasmant passé, on attendait avec impatience de voir ce que nous livrerait Pelot, le « petit Pierre ».
Et l’attente ne fut pas vaine ! Un changement d’éditeur de bon aloi (il est le premier livre de la nouvelle maison d’édition Héloïse d’Ormesson) a permis à ce livre de se placer en tête de gondoles, ce qui n’est pas négligeable. Et le livre est bon, très bon même. Il n’atteint pas au sublime du précédent, certes. Mais il est peut-être l’ouvrage le plus proche de son auteur, le plus autobiographique, sans l’être totalement. Pelot, avec son talent habituel, nous brosse le portrait de personnages durs et pourtant remplis de fêlures. La trame de l’histoire est simple. Un carnage sauvage perpétré par un déséquilibré dans un village vosgien incite un homme désabusé, qui a vécu là autrefois, à revenir sur les pas de son enfance. Mais l’essentiel de l’histoire n’est pas là, dans ce retour difficile, mais un demi-siècle auparavant, en 1957, dans ce même village, et dans les aventures d’une bande de gosses, de garnements, de galichtrés. Leurs aventures, comme dans la guerre des boutons, atteint à l’épique que prennent toutes les aventures de nos enfances. Mais les circonstances ne sont pas si légères que ça, et la violence, qui semble drainer l’œuvre de Pelot, est toujours là, présente. Violence stylisée des arcs et des flèches, violence sociale de l’usine toute proche (et cinquante ans après, violence sociale du chômage), violence physique réelle aussi… Le tout avec un peu d’amour pourtant, mais d’amour triste, de mal-amour. Violence des sentiments aussi.
De ce magnifique roman, on pourrait encore écrire beaucoup. Le lire est une bien meilleure idée.

Citations :
« Mais si c’était tout de même agréable, ce n’était pas comparable, ça n’avait pas la féroce densité du rêve hors de portée, c’était juste de quoi faire un bouquet avec de la détresse, quelques brins de chagrin. »
p.336

« Ce qui stagnait au fond du regard gris de Zan derrière son sourire était proche d’une vraie désespérance. »
p.453
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