Lettres migrabondes

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 Varlam Chalamov

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Alfred
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Date d'inscription : 04/02/2005

MessageSujet: Varlam Chalamov   Ven 18 Fév à 0:21

Les lendemains qui déchantent
Il y a eu Soljenitsyne. Et puis il y a Chalamov. L’autre géant, l’autre témoin de la barbarie humaine, qui a survécu aux camps de concentration soviétiques. Et son livre, énorme pavé compilant de nombreuses nouvelles, est là pour témoigner de ce que fut sa vie à la Kolyma, cette vaste région extrême-orientale de la Russie. Ce livre est là, et il prouve à ceux qui en douteraient encore ou auraient besoin de s’en persuader (et aux autres), l’essence criminelle du régime soviétique et de toutes ces belles idées communistes.
De nombreux thèmes se croisent et s’entrecroisent, certains revenant tels des leitmotivs : le gisement d’or, l’hôpital, les truands, etc. Il y a quelques scènes très fortes, rendues insoutenables par leur vérité même, et la routine du camp, où la mort peut être au rendez-vous à tout instant, où la brutalité de tous se déverse sur les pauvres « crevards », où les travaux physiques inhumains, la malnutrition et les maladies transforment le détenu en zombie, réduit à des envies simples et basiques : chaleur, nourriture. Et il y a aussi tout l’infâme commerce humain, celui des truands qui rançonnent les autres détenus, celui des chefs en tout genre, de la bassesse et la bêtise, du meurtre. Et surtout une vaste réflexion sur le monde, qui a rendu possible une telle abomination, et peut la regarder sans rougir, la trouver normale.
Une pierre indispensable au monument-témoin des crimes des Hommes. Une horreur. Un chef-d’œuvre.


Récits de la Kolyma, Varlam Chalamov, éditions Verdier
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Alfred
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Date d'inscription : 04/02/2005

MessageSujet: Quelques extraits   Ven 17 Juin à 11:58

Moins cinquante
"On ne montrait pas le thermomètre aux travailleurs ; c’était d’ailleurs parfaitement inutile : il fallait sortir quelle que fût la température. En outre, les anciens se passaient de thermomètre : s’il y a du brouillard, il fait quarante degrés au-dessous de zéro ; si on respire sans trop de peine, mais que l’air s’exhale avec bruit, cela veut dire qu’il fait moins quarante-cinq ; si la respiration est bruyante et s’accompagne d’un essoufflement visible, il fait moins cinquante. Au-dessous de moins cinquante, un crachat gèle au sol. Cela faisait déjà deux semaines que les crachats gelaient au sol." p. 36

Ce qui n’est pas noté
"Transcrire, publier, tout cela n’était que vanité. Tout ce qui se crée de manière non désintéressée n’est pas le meilleur. Le meilleur est ce qui n’est pas noté, ce qui a été créé et qui a disparu, qui s’est dilué sans trace aucune, et seule cette joie de la création qu’il ressent et qu’on ne peut confondre avec rien prouve qu’un poème a été composé, que le merveilleux a été créé." (p.105)


Optimistes et pessimistes
"Il y en a aussi qui voient toujours le bon côté des choses et leur tempérament sanguin trouve toujours une formule de conciliation avec la vie dans les pires situations. D’autres, au contraire, pensent que tout va en empirant, et ils accueillent toute amélioration avec suspicion, comme une erreur du destin. Et cette façon différente de juger n’a pas grand-chose à voir avec l’expérience personnelle de chacun ; on dirait qu’elle nous est donnée dès notre enfance pour la vie entière…"
p. 122

Les crevards
"Partout, les Estoniens, les Lettons et les Lituaniens mouraient en premier. Ils se transformaient les premiers en crevards, ce qui faisait toujours dire aux médecins que tous ces Baltes étaient plus faibles que le peuple russe. Il est vrai que le mode de vie habituel des Lettons et des Estoniens était bien plus éloigné de l’ordinaire du camp que celui du paysan russe : c’était donc beaucoup plus dur pour eux. Ce n’était pas l’essentiel : ils n’étaient pas moins endurants, mais ils étaient plus grands."
p. 203

Et après ?
"Le soldat d’escorte qui a tenu plusieurs fois entre ses mains la vie des gens et qui a souvent tué ceux qui étaient sortis de la zone, que va-t-il raconter à sa fiancée sur son travail dans l’Extrême-Nord ? Qu’il frappait à coup de crosse des vieillards affamés qui n’arrivaient pas à avancer ?"
p. 224
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Varlam Chalamov
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