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 Un essai d'Emmanuel Todd

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Alfred
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Date d'inscription : 04/02/2005

MessageSujet: Un essai d'Emmanuel Todd   Ven 8 Avr à 14:31

Brillant et séduisant

"Il ne s’agit pas ici d’un palimpseste signé Nostradamus ni d’un chef-d’œuvre posthume de Madame Soleil. Non. Car je les vois déjà approcher, ceux qui déclament à tout va : peut-être a-t-il raison, peut-être tort, on en sait rien, on ne peut deviner l’avenir. Certes, on ne peut préjuger de l’avenir, nous sommes bien d’accord. On peut toutefois, en se basant sur des données rationnelles et sûres, dégager de grandes lignes générales sur l’avenir du monde à plus ou moins court terme. Enfin, au moins dans le domaine présent, qui est celui, passionnant, des relations internationales.
Emmanuel Todd s’est fait une certaine célébrité en "prédisant" la chute de l’URSS et du communisme en Europe Orientale, se basant uniquement sur des analyses économiques pointues et pourtant indiscutables, et ce, dès 1976. Notre homme, l’Histoire l’a prouvé, avait eu raison, contre à peu près tout le monde.
Ici, le sous-titre du livre nous l’apprend, le propos est de traiter de "la décomposition du système américain".
La lecture de ces 233 pages est particulièrement instructive, même si l’on peut émettre quelques réserves, notamment sur le début, que je trouve un peu angéliste, sur la marche vers la démocratisation du monde. Il mélange les théories de Fukuyama (il y a un sens à l’histoire) et de Doyle (les démocraties libérales sont par définition inaptes à guerroyer entre elles), et cela le mène vers un optimisme un peu trop grand à mon avis. On peut douter de la validité de sa thèse expliquant que l’islamisme déchaîné des dernières années n’est qu’une crise de transition des pays moyen-orientaux vers l’instruction et le contrôle des naissances, tous deux facteurs de démocratie à court terme. Mais enfin, passons, le reste est plus convaincant.
Menée de main de maître par un essayiste au sommet de son art, la suite est une démonstration brillante et convaincante que les Etats-Unis, qui ont fondé un vrai empire occidental à partir des années 1950, puis un embryon d’empire mondial (sur un modèle mixant empires romains et athéniens), sont arrivés au maximum de leur puissance dans la fin immédiate de l’Empire soviétique. Et que depuis, le reflux est annoncé, même s’ils résistent à cette marche d’un monde où ils deviennent inutiles et prédateurs.
Il explique avec brio et chiffres à l’appui, sans céder à une folie douce de certains qui nous prédisent la disparition pure et simple de l’Amérique ou sa victoire écrasante sur le monde, que les Etats-Unis, malgré leurs tentatives désespérées de faire oublier qu’ils sont devenus inutiles au monde en s’attaquant à des pays outranciers mais anecdotiques (Cuba, Irak, Syrie, etc.), sont voués à devenir une grande puissance parmi d’autres (Europe, Chine, Japon).
L’accentuation de l’énervement des alliés traditionnels (Europe et Japon), venant du comportement d’ivrogne de la politique extérieure américaine, contribue en négatif à les faire se rapprocher. Todd nous explique cette politique étrangère à travers l’excellente métaphore du fleuve. La politique va quelque part, mais en suivant uniquement la facilité, la pente la plus forte. Cette politique mène l’Amérique à quelque chose, mais sans que cela ne soit pensé d’aucune façon. La seule stratégie américaine en ce moment, c’est s’attaquer à des non-puissances en les exagérant (cf. Irak), pour faire oublier aux Eurasiatiques (Europe-Russie-Japon), qu’ensemble ils peuvent se passer des Etats-Unis, et même les menacer.
Là aussi, un reproche peut être fait à Todd, qui a une vision exagérément positive de la Russie.
Les comparaisons et mises en relation historiques sont toujours judicieuses et pertinentes, permettant de mieux comprendre les thèses exposées.
De plus, la lecture de ce livre est aisée (hormis peut-être la partie traitant plus spécialement de l’économie, moins accessible).
Il conclut en nous prouvant que l’Amérique n’aura pas son empire, car ses dirigeants n’ont pas su le construire : elle n’a pas su achever définitivement la Russie, pas su comprendre la diversité des peuples de l’Empire, pas su se donner les moyens militaires de régner par la force sur un espace si vaste, pas su ménager les provinces de son Empire.
Cet Empire Américain Mondial qui n’a pas réussi à se créer, loin d’être en train de se fonder en ce début de XXIe siècle, restera à jamais du domaine du fantasme.
En somme, même si Todd est très (trop ?) optimiste sur la suite des événements, on doit lui laisser que son discours est précis, argumenté, et que l’idée générale relève tout à la fois d’une observation entomologique des faits et des chiffres, d’un regard qui porte plus loin que celui de la majorité des autres, et aussi d’un zeste d’intuition géniale. Bref, un livre séduisant et que chaque "honnête homme" devrait lire pour mieux comprendre le monde qui se forme actuellement dans la douleur."

Après l'empire. Essai sur la décomposition du système américain , de Emmanuel Todd , chez Gallimard
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